Les sujets abordés par les partis : quelques observations à moins de trois semaines du scrutin

Généralement, on considère qu’il existe un clivage clair entre le Parti conservateur et tous les autres partis politiques ; le Parti conservateur serait le seul parti de droite, tandis que le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti vert seraient tous, à divers degré, de gauche. Or, pour savoir si ce positionnement a une influence sur les sujets traités par chacun des partis, il s’avère intéressant de comparer leur proximité thématique dans la campagne électorale actuelle. Par proximité thématique, nous tentons de savoir si les partis traitent ou non des mêmes sujets. Par contre, aucune analyse du positionnement des partis par rapport à ces thèmes n’est effectuée; même si deux partis abordent des thèmes similaires, rien ne garantit qu’ils traitent les thèmes de manière identique. Le portrait ainsi brossé permet néanmoins de représenter une dimension importante des distances idéologiques qui peuvent exister entre les différents partis politiques.

Résultats

L’analyse est faite avec le coefficient de Jaccard, une mesure statistique qui permet d’indiquer la proximité entre deux éléments déterminée par un chiffre entre 0 et 1. Plus la valeur entre deux éléments se situe près de 0, moins il y a de ressemblance ; inversement, plus la valeur du coefficient de Jaccard est près de 1, plus il y a de la ressemblance entre les éléments. Le nombre 1 indique une proximité complète. Pour plus de détails sur la méthodologie, cliquez ici.

Selon cette mesure, on remarque que les partis les plus rapprochés thématiquement sont les libéraux et les néodémocrates avec un coefficient de 0,93 (voir tableau 1).

Ensuite, le NPD se retrouve près des verts, avec un coefficient de 0,83. Le Parti vert se trouve aussi près des conservateurs que des libéraux, avec un coefficient identique de 0,76.

Le Parti conservateur entretient donc une distance une distance à peu près homogène face aux partis canadiens ; les verts se situent à 0,76 et tant les libéraux que les néodémocrates se retrouvent à 0,78.

Le Bloc québécois est le parti le plus isolé thématiquement, avec un coefficient maximum de 0,62 avec les verts et un coefficient minimum de 0,42 avec les conservateurs. Par rapport au Parti libéral et au NPD, le Bloc se retrouve à 0,49 et 0,52, c’est-à-dire une distance quasi identique.

Tableau 1. Proximité des thèmes traités entre les partis pondérée par le coefficient de Jaccard
PCC NPD PLC PVC BQ
PCC 0,78 0,78 0,76 0,42
NPD 0,78 0,93 0,83 0,52
PLC 0,78 0,93 0,76 0,49
PVC 0,76 0,83 0,76 0,62
BQ 0,42 0,52 0,49 0,62

La figure 1 effectue le regroupement des partis selon le coefficient de Jaccard. Les taux de la Figure 1 diffèrent de ceux obtenus dans le Tableau 1, car, plutôt que comparer les partis individuellement entre eux, chacun des partis est comparé au regroupement des autres partis. Une première ligne de force s’installe avec la division claire entre les partis pancanadiens et le Bloc québécois, qui affiche un coefficient de 0,53 par rapport aux autres partis. Les conservateurs forment ensuite la catégorie suivante, avec un coefficient de 0,77. Les verts suivent avec un coefficient de 0,79 pour se distinguer des partis thématiquement les plus près, le NPD et le Parti libéral.

Figure 1. Regroupement des partis selon le coefficient de Jaccard

Le tableau 2 vient représenter cette catégorisation en déterminant la spécificité des thèmes par partis avec une carte thermique. Si un thème est indiqué en bleu, il est absent du parti, tandis que, s’il est représenté en rouge, il y est très spécifique. En d’autres mots : plus la couleur est chaude, plus le thème est traité par le parti correspondant.

Les soins pour personnes âgées, le taux d’imposition des familles de la classe moyenne, l’équilibre budgétaire et l’emploi sont toutes des thématiques partagées par les différents partis politiques. On remarque que les thèmes liés à l’économie, ceux de l’équilibre budgétaire et de la croissance économique, sont surtout traités par les conservateurs, les libéraux et les néodémocrates.

Certains thèmes sont plus spécifiques à certains partis. L’allègement du fardeau fiscal, le soutien et partenariat gouvernemental ainsi que la menace terroriste sont des thèmes très spécifiques aux conservateurs; en effet, ces thèmes ne sont presque pas traités par les autres partis. Dans le même ordre d’idée, le thème du Québec est sans surprise très spécifique au Bloc québécois. Ce sont ces spécificités très élevées qui diminuent la proximité thématique entre les partis, donc qui éloignent les conservateurs et les bloquistes de l’ensemble.

Tableau 2. Carte thermique des thèmes principaux par parti
Thème logo_bloquistes logo_neodemocrates logo_conservateurs logo_liberaux logo_verts
Taux d’imposition, familles, classe moyenne 3 3 4 10 2
Emploi 2 2 2 4 3
Équilibre budgétaire 2 6 7 6 2
Soins pour les personnes âgées 0 3 3 3 2
Environnement 4 5 5 6 0
Scandale des dépenses des sénateurs 2 3 4 4 3
Allègement du fardeau fiscal 6 4 4 5 2
Soutien et partenariat gouvernemental 2 0 8 2 0
Menace terroriste 1 2 5 2 2
Québec 7 1 1 2 1

Conclusion

En conclusion, ces données statistiques indiquent clairement l’importante proximité entre le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique. Cette proximité n’est pas étonnante, car ces deux partis sont généralement considérés similaires du point de vue idéologique, c’est-à-dire de centre-gauche. Si les thèmes couverts par ces partis sont relativement près des verts, aussi situés à gauche, ils se distancent encore un peu plus des conservateurs plus à droite idéologiquement. Les thèmes de l’allègement fiscal et de la menace terroriste, très spécifique aux conservateurs, le démontrent clairement. Le Bloc québécois est le parti le plus marginal thématiquement, car ses thèmes sont surtout liés à sa situation géopolitique, le Québec. On peut donc voir grâce à ces données statistiques se dessiner une relation entre le positionnement idéologique et la couverture thématique.

Méthodologie

Ce travail a nécessité une analyse en trois parties. Dans un premier temps, les thèmes les plus représentatifs discutés du début de la campagne jusqu’au 17 septembre inclusivement ont dû être extraits des divers documents constituant notre corpus (communiqués, billets de blogue et toutes publications web officielles des partis). L’analyse thématique est réalisée seulement en français, car le Bloc québécois ne publie aucun communiqué en anglais. Comme nous voulons connaître la proximité de l’ensemble des principaux partis politiques et que tous les autres partis publient intégralement leurs textes dans les deux langues officielles, la sélection des textes de langue française s’est imposée. L’ensemble des mots fonctionnels ont été supprimés à l’aide d’un antidictionnaire. Les noms de partis ainsi que les noms de leur chef sont également supprimés, car ces mots ne sont pas des thèmes à proprement parler. Les noms des chefs et partis reviennent souvent comme formules de présentation (ex.: « Le NPD s’engage à … ») qui sont largement surreprésentées à l’intérieur des plateformes de chacun des partis, comme nous l’avons constaté dans l’analyse des plateformes des campagnes antérieures. Pour être retenus dans l’analyse, les mots doivent apparaître un minimum de 30 fois dans le corpus. Finalement, l’ensemble des mots des documents ont été lemmatisés.

Chacun des thèmes a été extrait par une méthode statistique basée sur la proximité récurrente de certains groupes de mots. Dans notre cas, cette proximité a été établie à l’intérieur des paragraphes; quand des groupes de mots sont présents à l’intérieur d’un nombre important de paragraphes différents, ils sont identifiés comme sujet. Nous avons décidé de repérer les dix thèmes les plus représentatifs des communiqués jusqu’à maintenant. Parmi ceux-ci, notons le thème de l’environnement qui risque de monopoliser l’attention des partis au cours des prochains jours, en réponse au cri du cœur lancé par David Suzuki dans Le Devoir. La pondération de ces sujets est effectuée par la fréquence moyenne d’apparition des mots individuels dans les documents. Cette pondération nous permet d’avoir un portrait de la fréquence des thèmes, donc d’évaluer leur représentativité.

Dans un deuxième temps, la fréquence totale des différents thèmes a été calculée dans les documents de chacun des partis politiques pour ensuite être comparée à l’aide du coefficient de Jaccard. Ce coefficient établit la proximité des thèmes à l’aide d’un chiffre se situant entre 0 et 1. 0 indique l’absence totale de thèmes identiques tandis que 1 indique la correspondance totale des thèmes. Le coefficient de Jaccard est aussi à la base du regroupement présenté à la figure 1.

Finalement, la carte thermique du tableau 2 est basée sur le calcul des spécificités, tel qu’il a été décrit dans un billet antérieur.

Le billet a été mis à jour 08 octobre 2015.

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